Le carnet du marin prudent
Rackham est un croiseur rapide (Salona 45) : il accélère vite et se couche vite si l'on tarde à réduire la toile. Voici les règles de prudence d'un marin expérimenté, tournées vers notre équipage et notre route. Ce sont des bonnes pratiques établies (bon sens marin, esprit RYA / Reeds) — Étienne, le skipper, garde le dernier mot et cale les valeurs propres à Rackham.
1 · La règle d'or : ariser TÔT (prendre un ris)
« Le premier ris se prend quand on se pose la question. » Un ris, c'est réduire la surface de la grand-voile d'un « étage » (ris 1, puis ris 2, puis ris 3). Sur un bateau puissant comme Rackham, la bonne toile de nuit ou par vent qui monte, c'est presque toujours un ris de plus que ce dont on a envie.
Pourquoi réduire tôt, et de combien
manœuvre cléRepères concrets, encore plus fiables que le chiffre : on prend un ris dès que le bateau devient ardent (il faut tenir la barre), dès que le liston/passavant touche l'eau dans les risées, avant la tombée de la nuit (par principe), et avant d'aborder un cap venté (Formentor, Cabo de Gata) ou un grain qui arrive.
Prévenir l'équipage, harnais clippé. Border un peu, venir au près bon plein (ou lofer face au vent selon le gréement). Reprendre la balancine si besoin pour tenir la bôme.
Débloquer légèrement l'écoute de GV, choquer la drisse de grand-voile jusqu'au repère du ris.
Passer l'œillet de ris avant sur le croc/piton au vit-de-mulet. C'est le point critique : bien engagé.
Reprendre la drisse (guindant tendu) puis border le bosse de ris arrière au winch jusqu'à border la chute. Reprendre l'écoute, régler.
Lover et clipper les surplus, vérifier qu'aucune bosse ne traîne à l'eau, relâcher la balancine. Repartir en route.
2 · Équilibrer le bateau (pas seulement la GV)
- Réduire aussi l'avant : rouler le génois en même temps garde le bateau équilibré (ni ardent, ni mou). Un ris dans la GV + quelques tours de génois = barre douce.
- Au portant, la retenue de bôme (preventer) est obligatoire : elle empêche l'empannage sauvage (la bôme qui traverse violemment) — l'un des accidents les plus dangereux et les plus fréquents.
- Le bon angle : par mer formée, on évite le vent de travers pur qui fait rouler ; on choisit une allure qui pose le bateau.
3 · Se préparer AVANT que ça forcisse
- Matosser : tout rangé et saisi à l'intérieur comme sur le pont (rien qui vole si ça gîte fort ou tape).
- Lignes de vie + harnais/longe : on se clippe de nuit, par gros temps et seul dans le cockpit. Règle simple : on reste à bord (un homme à la mer en Méditerranée de nuit, c'est dramatique).
- Gilets auto-gonflants portés, avec lumière + sifflet ; répéter le point d'assemblage et la manœuvre d'homme à la mer avant d'en avoir besoin.
- Réduire de jour ce qu'on n'aura pas envie de faire de nuit : ris pris avant le coucher du soleil, réserve météo faite.
4 · Veille, quarts et anti-collision
- Une veille permanente, de jour comme de nuit (visuelle + AIS). Système de quarts reposant, on gère la fatigue (la fatigue est un facteur d'accident majeur en convoyage).
- AIS + VHF 16 allumés ; feux de navigation vérifiés. Croiser un rail (TSS) — détroit de Gibraltar — à angle droit, au plus court.
- Cargos rapides : ils vont plus vite qu'on ne croit et manœuvrent mal ; c'est à nous de nous écarter tôt et franchement.
5 · Mouiller prudemment (Baléares)
- Arriver de jour, soleil haut, pour lire les fonds : on mouille sur sable clair, jamais sur la posidonie (interdit, grosses amendes) — voir les cartes marines de chaque escale.
- Rayon d'évitage : un 14 m évite large — vérifier la place autour, la profondeur à marée/houle, et la nature du fond (tenue).
- Veille de mouillage + alarme de dérive (GPS) la nuit ; orin sur l'ancre si fond encombré ; amortisseur de chaîne (snubber) pour le confort et la tenue.
- Par vent qui bascule dans un secteur exposé → on lève l'ancre sans hésiter pour un abri (voir la page Météo).
6 · Savoir s'arrêter : la cape (heave-to)
Se mettre à la cape, c'est immobiliser le bateau en équilibre (foc à contre, barre dessous, GV arisée) pour souffler, manger, réparer, attendre une accalmie, ou gérer un pépin sans se battre avec la route. C'est un outil de prudence essentiel — à essayer une fois par temps maniable pour la connaître avant d'en avoir besoin. (À noter : c'est aussi la posture d'immobilisation recommandée en cas d'interaction avec les orques.)
7 · La check-list sécurité du bord
- Gréement inspecté (cadènes, ridoirs, goupilles)
- Bosses de ris frappées et libres avant de partir
- Vannes / passe-coques manœuvrables + repérées
- Pompe de cale (auto + manuelle) testée
- Radeau de survie révisé + accessible
- EPIRB / balise, fusées en cours de validité
- Pharmacie du bord + mal de mer
- Moteur : niveaux, courroie, filtres gasoil (diesel bug)
- Plein de gasoil complet avant chaque grande étape
- Cartes à jour + secours papier + compas
- VHF (+ portable étanche), téléphone étanche chargé
- Coupe-boulon / matériel de fortune de barre
8 · Les passages qui demandent le plus d'attention
Chacun a sa réserve : on les aborde arisé et par la bonne fenêtre. Détails et tactique sur la page Météo ; les avaries et gestes qui sauvent sur En cas de pépin.
Ces conseils sont un aide-mémoire, pas une vérité gravée. Étienne Lange, le skipper, décide à bord — il ajuste les seuils de ris et les procédures à Rackham et à l'équipage. Excellente idée aussi : faire relire cette page par un marin chevronné (skipper pro, capitaine) et intégrer ses remarques. La mer se respecte, elle ne se discute pas.